Voyager il y a 50 ans (18)
Suite du périple de 1976 en Amérique du Nord (pour voir les précédents articles : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/07/voyager-il-y-a-50-ans-14.html puis https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/07/voyager-il-y-a-50-ans-15.html ensuite https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/08/voyager-il-y-a-50-ans-16.html et https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/08/voyager-il-y-a-50-ans-17.html). Aujourd'hui, j'évoquerai mon séjour au Québec (et mon retour à New York).
Je suis resté 13 jours dans "La Belle Province" que j'ai parcourue en de courtes étapes. Donc, le 17 août, je traverse la Restigouche et je longe la côte sud de la Gaspésie qui est une alternance de petites anses consacrées à la pèche et à l'agriculture ; une partie de la population (et des toponymes) est anglophone. Première halte à Percé célèbre pour son île dont le rocher est percé (une sorte d'Étretat). Puis, le plus spectaculaire est à venir avec la côte nord et nord-ouest : des falaises de plusieurs centaines de mètres (parfois, la route n'a pas d'autre solution que de passer au ras des flots) alternent avec des anses ; c'est plus spectaculaire que le pays de Caux ; la seconde halte est à Mont Saint Pierre. On ne voit pas la rive du nord de l'embouchure du Saint Laurent à tel point que l'on se croit au bord de la mer d'autant qu'il y a des marées significatives. Puis l'altitude décroît et on arrive dans la région du Bas Saint Laurent où je passe une nuit à Rivière du Loup où la rivière en question ne peut rejoindre la mer que par une chute ; phénomène fréquent que l'on retrouve à Lévis avec la rivière Chaudière ou à Montmagny ; nombre de ces chutes ont été équipées pour fournir de l'énergie.
Je traverse, ensuite le Saint Laurent jusqu'à Saint Siméon puis, en remontant vers le nord, je traverse le "fjord" du Saguenay entre Baie Sainte Catherine et Tadoussac. Pendant 3 jours, je quitterai la vallée du Saint Laurent en empruntant les rives de la Saguenay (que je verrai peu) puis en effectuant presque le tour du lac Saint Jean puis en descendant la rivière Saint Maurice. Je passe à Chicoutimi, Dolbeau, La Tuque avant de retrouver le fleuve à Trois Rivières. On circule sur le versant du "bouclier canadien" où la colonisation industrielle spectaculaire (barrages, "alumineries", "papetières", "moulins à scie") a, parfois, précédé la colonisation agricole (la spécialité du lac Saint Jean ce sont les "bleuets", c'est à dire des myrtilles cultivées) ; la forêt n'est jamais loin non plus.
De Trois Rivières jusqu'à Québec, nous longeons la rive nord du Saint Laurent, intensément cultivée. La "capitale nationale" est une très belle ville - seulement enlaidie par le fameux "château Frontenac" - qui est, de toute évidence, la plus "européenne" des villes d'Amérique du Nord. J'y passerai 3 nuits et 2 jours et demi pour visiter et découvrir, dans les abords, l'île d'Orléans (réputée pour ses villages "authentiques"), les chutes de la rivière Montmorency et la "réserve" huronne de Wendake.
Le 27 août, j'emprunte le traversier pour aller à Lévis (il faut rappeler qu'il n'y a toujours que 2 ponts pour franchir le fleuve et le plus récent ne date que de 1970). .Je quitte le fleuve, ensuite, pendant 1 jour et demi : tout d'abord, direction sud-est en remontant la rivière Chaudière (c'est la Beauce, riche région agricole) puis en bifurquant vers le sud - sud-ouest en traversant le pays de l'amiante, "or blanc" devenue tristement célèbre (tout le paysage était plongé sous une fine couche de poudre blanche et je n'ose imaginer la santé des habitants ; le nom d'un des villages est Asbestos qui a donné son nom à la terrible maladie). Après un arrêt à Sherbrooke (construite autour d'une chute comme Tampere/Tammerfors que je découvrirai 4 ans après), je retrouve Montréal.
Je reste 3 jours et demi dans la grande métropole du Québec et dans les environs (les basses Laurentides). Les Jeux Olympiques viennent de s'achever et je découvre le stade. La ville est moins jolie que Québec mais elle est très diverse et assez agréable à visiter.
Le 31 août, je prends le bus grande ligne pour rejoindre New York par la vallée du lac Champlain et celle de l'Hudson. Je resterai 2 jours dans la plus grande ville des États-Unis mais je me contenterai de Manhattan ce qui est déjà beaucoup pour une métropole qui comptait une population triple de celle de Paris à l'époque.
Le 2 au soir, je m'embarque pour Bruxelles puis je prends le bus pour Paris et je retrouve ma banlieue en fin d'après-midi du 3 septembre. Je suis un peu "groggy" (fatigue du périple, manque de sommeil et de nourriture, décalage horaire, sécheresse) mais heureux.
A suivre.
Voyager il y a 50 ans (17)
Suite de mon périple de 1976 en Amérique du Nord. Dans l'article précédent (https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/08/voyager-il-y-a-50-ans-16.html), j'évoquais la première partie de ma découverte du Canada. Le 9 août, je rentre au Québec où je passerai pas mal de temps en 2 périodes entrecoupées par un détour par les "Maritimes".
Le 10 août, j'emprunte un bus qui, après la sortie de l'agglomération montréalaise, descend la vallée du Saint Laurent, par la rive droite, jusqu'à Rivière du Loup. Dans cette petite ville, nous quittons l'estuaire de plus en plus large pour bifurquer plein est - sud-est et franchir un col entre les chaînons des Appalaches québecoises pour redescendre dans la vallée de la Madawaska où s'est installée la communauté des "Brayons", Acadiens du nord-ouest du Nouveau-Brunswick. Le centre de cette région francophone est Edmunston. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, cette ville était francophone à 95% à l'époque mais la plupart des affichages officiels ou privés étaient rédigés en anglais. La première loi concernant le bilinguisme au Canada et au Nouveau-Brunswick ne datait que de 1969 et il faudra attendre une nouvelle loi en 1982 pour que cette province devienne réellement bilingue comme je m'en rendrai compte en y circulant 40 ans après mon premier passage.
Le lendemain, quelques dizaines de kilomètres plus loin de cette ville, après Great Falls (qui ne se nomme pas encore Grand Sault), on retrouve le Canada anglophone. Les paysages verdoyants de forêts et de prairies sont toujours les mêmes mais il y a deux différences pour un oeil observateur : dans les régions francophones, l'église (catholique, par définition) trône au milieu du village et l'organisation du territoire est régie par la système du "rang" ce qui contraste avec les temples protestants dispersés au milieu des parcelles géométriques des "townships" (nommés généralement "cantons"). Nous longeons la rivière Saint Jean (Saint John) jusqu'à la ville éponyme, principale agglomération (mais pas capitale) du Nouveau-Brunswick ; l'arrivée est magnifique : ça tient de la rade de Brest et de l'estuaire de la Rance (car il s'agit d'une "ria" donc le niveau du fleuve varie en fonction de la marée (j'en reparlerai). Ville très agréable au style assez "européen". Le lendemain, 12 août, je prends la bus pour Moncton, ville majoritairement anglophone mais siège de la seule Université francophone des 4 provinces "maritimes". De là, j'utilise le "pouce" pour effectuer un aller-retour jusqu'à la baie de Fundy, célèbre pour ses marées les plus importantes au monde (plus qu'au Mont Saint Michel) ; c'est, effectivement très impressionnant de voir à quelle vitesse les rochers se découvrent (nous y retournerons 40 ans après et nous serons déçus d'autant que l'entrée est devenue payante entre temps). Le soir, je loge à l'A.J. de Shediac, port réputé pour ses produits de la mer (le lendemain, j'achèterai une demi livre de homard et une livre de palourdes tout préparées, pour un prix très faible).
Le lendemain ne sera pas vraiment un jour de chance (mais on est un vendredi 13 !). Je poserai bien les pieds sur l'Ile du Prince Édouard en empruntant un "traversier" (le pont n'était ,pas encore construit) mais je ne pourrai pas rejoindre l'A.J. et je dormirai à la belle étoile. Le 14, je retourne sur le continent et après des péripéties, je me dirige vers Sydney, à la pointe nord-est de la Nouvelle Écosse. et le l'île du Cap Breton qui ressemble à l'image que l'on se fait de l'Écosse justement avec lacs, forêts, marais et landes.. Je dimanche, je prends le bus pour Halifax, principale ville des Maritimes. J'y reste une journée : il pleut, il faut que je souffle un peu et j'ai dû attraper un peu froid.
Le 17, je file vers l'ouest- nord-ouest en longeant, en partie, la Baie des Chaleurs. On alterne les villages francophones et les villages anglophones. Les activités essentielles sont la pêche et les industries du bois ou de la sidérurgie. Le soir, je suis à Campbellton qui est en territoire acadien ; pendant près de 2 semaines, je ne parlerai que français car, de l'autre côté de la rivière Ristigouche, on entre au Québec.
A suivre
Voyager il y a 50 ans (16)
Suite de mon périple de l'été 1976 en Amérique du Nord (voir : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/07/voyager-il-y-a-50-ans-14.html et https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/07/voyager-il-y-a-50-ans-15.html).
Le 28 juillet, en fin d'après-midi, je rentre au Canada. J'y resterai 4 semaines et demi en parcourant la Transcanadienne, quasiment sur toute sa longueur (je ne suis pas allé à Terre-Neuve) c'est à dire sur près de 7 000 km (ici, une photo du mile zéro prise une quarantaine d'années plus tard : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2022/05/finisterres-2.html) puis je reviendrai sur mes pas pour mieux connaître les Provinces Maritimes, le Québec et terminer par 2 jours à New-York avant de reprendre l'avion.
Ma première halte est Victoria, capitale de la Colombie Britannique ; elle est située sur l'île de Vancouver qu'il ne faut pas confondre avec la ville éponyme qui, elle, se situe sur le continent (on a le même problème avec l'État américain du Washington, dont la principale ville est Seattle, qui se situe à 5 000 km de la ville du même nom). Je visite un peu cette ville charmante ; le soir, l'auberge de jeunesse est installé dans un gymnase où nous dormons sur des lits de camp mais, par le plus grand des hasards, en regardant la télévision pour la première fois, j'ai la chance d'assister, en direct, à la victoire de Guy Drut sur le 110 mètres haies aux Jeux olympiques de Montréal.
Le lendemain, j'emprunte le bus pour rallier le traversier qui, en serpentant entre des îles, nous mène aux portes de Vancouver où j'arrive en début d'après-midi après un petit peu de bus. La grande ville de l'Ouest canadien est installé sur un site magnifique et est très verdoyante. On rencontre très peu de Noirs ; par contre, les Chinois représentent (à l'époque) au moins 10 % de la population et il n'est pas rare de croiser des Autochtones.
Le 30 juillet, j'entame ma "marche vers l'Est". Ma première étape est Kamloops située à 450 km. Plus on va vers l'est, plus le climat est sec ; on passe de la forêt de conifères du Pacifique (https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2018/10/chroniques-canadiennes-20.html) à une zone de culture extensive des céréales. Le lendemain, la route s'élève mais, à la différence de ce que l'on observe dans les Alpes, il n'y a pas de lacets : on monte tout droit jusqu'à un peu plus de 1 600 m. au Kicking Horse Pass, frontière entre la Colombie Britannique et l'Alberta. Par ailleurs, autre différence de taille avec les montagnes européennes (c'était déjà le cas dans les Rocheuses étasuniennes), il n'y a quasiment personne : aucune vie pastorale, quelques exploitations forestières. C'est le tourisme qui fait vivre les Rocheuses canadiennes dans la mesure où une bonne partie des terres est englobée dans des parcs nationaux. A ce sujet, je signale qu'il est arrivé que l'on chasse des habitants qui avaient eu l'idée farfelue de violer la "nature sauvage" ; ce sera le cas d'une Première Nation (ou Amérindiens) à Banff et, surtout, d'un clan Métis (voir la définition : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2015/11/chroniques-canadiennes-10.html) à Jasper sans parler du presque millier de résidents d'origine canadienne-française ou jersiaise du parc de Forillon au Québec (https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2017/09/chroniques-canadiennes.html). La descente vers Banff, grande station touristique de l'Alberta, se déroule au milieu de la forêt. Le site de la localité est un enchantement pour un géomorphologue (glaciers suspendus, synclinaux perchés, pendages spectaculaires dans les schistes métamorphiques, lacs glaciaires) et pour les amoureux des animaux (j'ai vu des chèvres de montagnes et ma voisine de car a reconnu des ours).
Après presqu'une journée au vert, je descend rapidement vers la Prairie canadienne, tout aussi monotone que son homologue située de l'autre côté de la frontière. Près de 1 500 km entre Banff et Winnipeg que je parcours pendant un peu plus de deux jours avec des haltes à Calgary et Regina. Jusqu'à la fin du deuxième tiers du XIXème siècle cette immense étendue n'était habitée que par des Autochtones (Indiens et Métis) qui seront brutalement spoliés malgré la révolte de Louis Riel (exécuté en 1885). Pour la mise en valeur, on fera venir des colons européens et non pas des Canadiens-français qui, eux, devront aller travailler dans les usines de Nouvelle-Angleterre (voir : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2024/10/les-francophones-en-nouvelle-angleterre.html). Les paysages alternent des prairies et des cultures de céréales (comme le semis se fait au printemps, la moisson n'avait pas encore eu lieu début août) ; de loin en loin d'énormes silos le long de la voie ferrée, des fermes isolées, quelques villages ou des villes et, des puits de pétrole (le pétrole de schiste n'était pas exploité à l'époque et, de toute façon, les puits se trouvent plus au nord).
Le 3 août au soir, j'arrive à Winnipeg, la capitale du Manitoba, créée par les Français sous le nom de Fort Rouge et qui fut le centre du peuplement Métis le long de la Rivière Rouge dont un des affluents se nomme la Seine. Le soir même, j'assiste à un match de football américain ; je ne connaissais ce sport que de nom ; ça tient du football tel que nous le connaissons et du rugby mais c'est extrêmement violent et la partie dure très longtemps car elle est interrompue par de nombreux temps morts. Le lendemain, je visite la ville et son faubourg de Saint Boniface. Contraste spectaculaire entre ce quartier largement francophone où je mange dans un restaurant typique et où je visite les principaux lieux historiques et le reste de l'agglomération où il est impossible de trouver la moindre trace de la langue française (y compris dans un grand musée alors que, pourtant, le français est langue officielle à égalité avec l'anglais).
Le 5 août, de bonne heure, je quitte la capitale du Manitoba pour rejoindre Toronto. Long voyage de 810 miles (à l'époque, le Canada n'avait pas encore adopté le système métrique) c'est à dire un peu plus de 1 300 km que je parcours en une trentaine d'heures. pendant la plus grande partie du trajet, il n'y a que la forêt "hudsonienne", c'est à dire une forêt boréale de conifères (et de bouleaux). En longeant le lac Supérieur, on traverse les ports de Thunder Bay et Sault Sainte Marie qui exportent les céréales des Prairies. Plus loin, ce sont les mines de nickel de Sudbury. En cours de route également, pour la première fois, je longe des "réserves" indiennes (lieux de déportation, misérables, des "Premières Nations").
Le 6 août, dans le courant de l'après-midi, j'atteint le centre de Toronto, la plus grande ville du Canada et capitale de l'Ontario, province la plus peuplée (du nom du lac auprès duquel on a construit la ville). Je visiterai la ville pendant l'équivalent d'une journée et demi ; la population est très cosmopolite ; la ville est hérissée de gratte-ciels mais demeure très verte ; le samedi est animé mais le dimanche, on croise peu de monde car les habitants restent dans leur banlieue comme aux États-Unis. Je consacrerai une petite demi journée pour faire un aller-retour afin d'admirer les chutes du Niagara, spectaculaires comme je m'y attendais mais situées en peine ville ; en passant, on voit les usines sidérurgiques de Hamilton et les écluses du canal Welland qui permettent de contourner les chutes.
Le dimanche 8 août, dans l'après-midi, je pars pour Ottawa, la capitale fédérale située sur la rive sud de la rivière des Outaouais qui forme la frontière avec la province du Québec. Après avoir logé sur place, je découvre, le lundi matin, une ville de fonctionnaires en costume-cravate aux nombreux bâtiments administratifs de style "victorien" ; le site (sur une colline) est sympathique et j'admire l'escalier d'écluses du canal Rideau.
Je reprends le bus direct pour aller à Montréal où j'arrive en début d'après-midi. En chemin, entre Toronto, la capitale et la deuxième agglomération du Canada, on traverses beaucoup de zones industrielles et urbaines mais, également, des campagnes nettement plus peuplées que je que j'ai observé jusque là au Canada. Cultures, prairies, forêts (forêt mixte de conifères et feuillus dite "forêt laurentienne"). On distingue assez aisément les zones anglophones ("townships") et les zones francophones (avec le système du "rang").
Le lendemain, je quitte le grand port sur le Saint Laurent et je me dirige vers le nord puis l'est.
A suivre.
Voyager il y a 50 ans (15)
Suite de l'évocation de mon périple nord-américain de 1976 (voir : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/07/voyager-il-y-a-50-ans-14.html).
Donc, après avoir passé un jour et demi à New-York, pour effectuer diverses démarches et commencer à découvrir la "grosse pomme", je me suis rendu à la gare routière pour emprunter, le 20 juillet à 13 h, un bus ralliant Philadelphie. Le quartier historique (quelques pâtés de maison) s'est refait une beauté car la ville célèbre le 200ème anniversaire de la Déclaration d'Indépendance proclamée dans un bâtiment en brique de ce qui fut la capitale provisoire des futurs États-Unis d'Amérique. Le lendemain matin, je pars pour Washington, ville nouvelle créée pour devenir la capitale. J'y déambule dans les larges avenues pendant tout l'après-midi, sous une chaleur humide épuisante. Pendant quasiment tout le trajet depuis New-York (au moins jusqu'à Baltimore), je ne verrai pas la campagne ; nous sommes dans ce qui est, à l'époque, l'ensemble industriel et urbain le plus vaste du monde (et qui se poursuit, au nord, jusqu'à Boston où je ne me suis rendu qu'en 2024) : un géographe français a parlé de "Megalopolis" (à l'époque, elle regroupe environ 50 millions d'habitants).
Le 22 au matin, je quitte la côte Atlantique, pour filer vers les Grands Lacs. En fin de matinée, la pluie arrive ; je la rencontrerai à plusieurs reprises, surtout en août. Je signale ce phénomène météorologique car la France connait, à ce moment-là, une des pires sécheresses de son histoire. Cette journée me permet de découvrir les Appalaches célèbres, à la fois, pour leurs montagnes verdoyantes mais, également, pour leur industries lourdes situées entre le versant nord-ouest et les Grands Lacs (le "manufacturing belt"). L'arrivée sur Pittsburgh est saisissante avec le quartier des aciéries, situées en plein centre-ville, au carrefour de la Monongahela et de l'Allegheny (qui forment l'Ohio). Je finis la journée à Cleveland, autre centre sidérurgique situé sur le lac Érié. Le lendemain, je me dirige vers l'ouest en traversant le "dairy belt" (zone d'élevage laitier) avant de retrouver les usines dans la banlieue de Chicago, métropole de la région que je visite l'après-midi.
Le 24 juillet, je démarre à 7 h du matin, pour un voyage au long cours de plus de 30 heures quasiment "non stop". Pendant 80 % du temps, nous traversons les "grandes plaines centrales". Nous emprunterons alternativement l'interstate 90 et l'interstate 94. Il s'agit, comme leur nom l'indique, de routes trans-américaines ; dans le meilleur des cas, ce sont des autoroutes ("highways"). Désormais, nous rencontrerons peu d'industries mais des paysages agricoles de plus en plus monotones : c'est, tout d'abord, la fin du "dairy belt" puis on aborde le "corn belt" ("ceinture du maïs") agrémentés de forêts et de lacs. Nous traversons le Mississipi à Minneapolis où je fais un tour, en milieu d'après-midi, en profitant du fait que le bus a 1 heure d'avance.
Quelques heures plus tard, après Saint Cloud (je ne cite pas cette bourgade par hasard), il se met à faire nuit et les passagers s'endorment. Réveil brutal à Fargo pour un changement de bus et 1 heure d'attente en pleine nuit. Je me rendors à nouveau et, quand je me réveille, nous avons quitté les zones humides pour traverser des régions de plus en plus sèches où pousse le blé ("wheat belt") puis les cultures n'existent plus que dans les vallées irriguées avant de laisser la place à l'élevage extensif. La route s'élève progressivement (ce sont les "hautes plaines"). Dans ces régions, la route est rectiligne sur des centaines de kilomètres ; la population est de plus en plus clairsemée ; la circulation est réduite. Le conducteur bloque le compteur à la vitesse maximale de 55 miles/heure (environ 90 km/h) et, éventuellement, 70 miles/heure (un peu plus de 110 km/h) mais le paysage est si monotone (malgré les méandres de la rivière Yellowstone et le contournement des "Bad Lands") que l'on a l'impression de ne pas avancer. Après Billings, où on arrive vers midi, le paysage est moins aride : nous traversons des pinèdes. Cela fait des heures que nous apercevons les Rocheuses et nous y sommes enfin ; à Livingston, l'altitude dépasse les 1 300 mètres. Je quitte le car Greyhound après avoir parcouru près de 1 400 miles (environ 2 250 km).
En effet, il faut emprunter un car local pour se rendre dans le très vaste (9 000 km²) parc national de la Yellowstone (du nom de la rivière qui le traverse). J'ai eu de la chance, en sympathisant, en cours de route, avec 4 autres touristes : un suisse francophone parlant également l'allemand, un ami à lui ne parlant que le schweitzerdeutsch, une américaine parlant un excellent français et une amie danoise, de mère française, maîtrisant une bonne demi-douzaine de langues ; nous devisons donc en français ! Nous louerons un chalet pour 2 nuits ce qui réduit singulièrement les coût ; je retrouverai une personne du groupe, 1 mois plus tard, à New-York.
Grâce à une excursion à la journée, nous pouvons découvrir toutes les merveilles du parc : le fameux geyser "Old Faithful" (le vieux croyant) qui jaillit entouré d'un millier de personnes qui font toutes crépiter leur flash au même moment, une chute, un profond canyon, un merveilleux lac d'altitude et des fumerolles partout qui éclairent la nuit.
Le 27 juillet, je quitte le parc de bonne heure pour récupérer la grande route à 210 kms de là et tracer mon chemin vers l'Ouest . Parti de bonne heure, j'aurai la chance de voir le geyser sans touriste, un bison et un cervidé (j'apercevrai un ours une autre fois). Encore une quinzaine d'heures de car et une demi nuit dans le car pour atteindre le Pacifique (ou plutôt un golfe nommé Puget Sound à 3h du matin. La région est montagneuse (on monte jusqu'à près de 2 000 m.), les paysages sont plus sauvages et la région est très peu peuplée, hormis dans quelques régions minières (la ville de Butte dont la "butte" a été arasée pour trouver du cuivre, ou la mine d'Anaconda). Après Spokane, ce sont des plateaux consacrés à la culture du blé mais je me suis endormi. Je me réveille donc au milieu de la nuit à Seattle, jolie ville que je visite toute la matinée puis je me dirige vers le détroit de Juan de Fuca en alternant ferry et bus. Le mont Rainier, remarquable cône volcanique culminant à près de 4 400 mètres.
Après avoir traversé le détroit orienté ouest-est (donc très venté), je débarque dans la ville de Victoria au Canada.
A suivre...
Voyager il y a 50 ans (14)
C'est l'été et, donc, l'occasion de poursuivre cette série rétrospective commencée en août 2017 (voir : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2017/08/voyager-il-y-a-50-ans.html), d'autant que cela fait presque 3 ans que je n'ai rien publié dans cette rubrique (voir : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2023/08/voyager-il-y-a-50-ans-13.html).
Il y a exactement 50 ans, je quittais la région parisienne où j'ai vécu pendant 1/3 de siècle, pour entamer mon plus long périple en solitaire : quasiment 7 semaines. Direction l'Amérique du Nord.
J'avais découvert ce continent en 1974, lors d'un voyage, au sein d'un groupe d'une petite dizaine de participants, en Californie. Assez bonne introduction au mode de vie américain (le fameux "american way of life" qui en faisait rêver plus d'un) ; par exemple, c'est à cette occasion que j'ai découvert les McDonald's. Cette fois-ci le programme était nettement plus ambitieux : de l'Atlantique au Pacifique et retour.
Pour le voyage de 1976, j'avais emporté un cahier à spirales de 180 pages où j'avais noté le maximum d'informations touristiques au sens large et avec lequel j'ai consigné mon voyage au jour le jour ; ce qui me permet d'être très précis 50 ans après. Il existait peu de guides touristiques au sujet des deux pays que j'allais parcourir. Par ailleurs, les États-Unis ne possèdent pas de bureau d'informations touristiques à Paris à la différence de la plupart des autres pays ; donc : pas de brochures pour le touriste potentiel. Par conséquent, j'ai recopié des cartes et des informations sur divers guides et je les ai collées sur ce cahier. Néanmoins, j'avais découvert qu'une société pétrolière (Texaco) fournissait - gratuitement - les cartes routières de TOUS les États ; je m'y suis rendu (Lexington Avenue x East 4nd Street) et j'ai fait mes emplettes. Par contre, le bureau parisien d'informations touristiques du Canada a été généreux. J'ai gardé des documents et, surtout, les cartes qui n'ont pas pris beaucoup de rides et dont je me suis encore servi en 2024 dans le Nord-Est des États-Unis. Petit résumé du périple : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2024/09/les-etats-unis-48-ans-plus-tard.html.
Le 18 juillet, je me suis levé à l'aube (4h15 !) pour aller chercher, à Paris (je résidais, alors, en proche banlieue), un bus qui m'a emmené à l'aéroport de Bruxelles pour mon vol charter vers New-York (13h15 - 16h35 heures locales). Petite explication pour ceux qui n'ont pas connu ce mode de transport aérien à bas coût (que j'évoque dans l'article d'août 2017 signalé plus haut) : un "voyagiste" ( en l'occurrence la F.M.V.J.) réservait un avion entier à un prix cassé pour effectuer un itinéraire donné ; à charge pour l'entreprise de le remplir soit avec des touristes effectuant un circuit complet tout compris, soit pour un "vol sec". Rançon du prix modique (1 700 francs soit environ 255 euros A/R) : pour des raisons administratives, l'avion ne pouvait pas partir de France ; il se pouvait que le trajet ne soit pas le plus direct (ce qui fut le cas en 1972 : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2023/02/chili-1972.html).
En posant le pied sur le sol des États-Unis, j'ai perdu beaucoup de temps avant de passer l'U.S. Customs and Border Protection (comme au Canada, douanes et police aux frontières sont fusionnées dans un même service) : manque de personnel, flots de voyageurs, indiscipline des touristes, etc. Bref : j'avais réservé un hôtel et un bus pour m'y conduire mais ce dernier est parti sans moi et, quand je suis, enfin, parvenu à l'hôtel, ma place avait été prise. J'ai donc erré pendant un certain temps dans les rues de "la grosse pomme" avant de trouver un lit au "plan B" : une des auberges de jeunesse de la ville. Résultat, j'avais fait le tour de l'horloge quand je me suis couché.
Par contre, quand je passerai la frontière entre les États-Unis et le Canada, à l'autre bout du continent, 10 jours plus tard, les formalités seront rapides. Cependant, les employés de l'Agence des Services Frontaliers du Canada seront tout heureux de découvrir un passeport français car tous les autres voyageurs étaient soir canadiens, soit étatsuniens et ne présentaient que des titres d'identité très divers (il suffisait que le document possède une photo). Enfin, en repassant la frontière, fin août, entre Montréal et New-York, je suis le seul dont le sac n'a même pas été ouvert.
Après avoir passé 1 jour et demi à New-York, j'ai entamé mon périple. Avant de partir, j'avais acheté un forfait de 30 jours sur le réseau des bus Greyhound (le lévrier) pour la modique somme de 175 dollars (850 francs soit environ 130 euros) car, à cette époque, cette gigantesque société de transport par bus desservait tout le territoire des États-Unis et la majeure partie du sud du Canada. Bien évidemment, 30 jours n'étaient pas suffisants pour aller de ville en ville pendant 6 semaines mais, à la fin de mon périple, les distances étaient plus courtes : j'ai fait du stop avec des résultats inégaux et j'ai emprunté des bus quand je ne pouvais pas faire autrement.
Je possédais une carte internationale des Auberges de Jeunesse (A.J. ; voir : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2018/08/voyager-il-y-a-50-ans-4.html) ainsi que le guide international des A.J. Comme c'était l'année des Jeux Olympiques de Montréal, des A.J. temporaires avaient été installées dans tout le Canada. J'avais, aussi, acheté, auprès de la N.A.S.C. des bons ("vouchers") pour 5 nuits ; certains me serviront. Certaines auberges se situaient dans les Y.M.C.A. (ne pas confondre avec la célèbre chanson ; il s'agit de l'Association Chrétienne des Jeunes Gens - association protestante - qui gérait des sortes d'A.J. plus luxueuse. J'ai donc calqué mon itinéraire sur les possibilités de logement et je n'ai passé qu'une seule nuit à la belle étoile (réveillé, de bon matin, par la pluie) ; plus 3 nuits dans des bus lors de parcours de très longue distance, 1 nuit à l'hôtel et 2 nuits dans un chalet du parc du Yellowstone avec 4 autres touristes. Voir, aussi : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2023/07/voyager-il-y-a-50-ans-12.html et https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2023/08/voyager-il-y-a-50-ans-13.html.
Comme j'effectuais un voyage itinérant, en changeant de lieu quasiment tous les jours, j'avais mis toutes mes affaires dans mon gros sac à dos qui pouvait stocker une vingtaine de kilos. Il a souffert pendant ce voyage mais, étant constitué de grosse toile, il a tenu le coup. Il contenait mon duvet, un sac de couchage, mes vêtements pour plus de 6 semaines (mais j'ai lavé en cours de route), une assiette et des couverts, la documentation (qui sera de plus en plus consistante au cours du périple), un gros livre ("L'Empire américain" de Claude Julien), etc. J'avais un petit sac en bandoulière pour la nourriture, l'appareil photo, mon carnet, etc. J'ai réussi à caser quelques cadeaux avant de repartir.
Une des difficultés était de trouver à manger. Certains lieux d'hébergement proposaient un petit-déjeuner ou un repas du soir ; j'ai également utilisé des "street foods" ; quand j'avais bien faim, j'allais au restaurant chinois ; si je restais 2 jours, je faisais mes emplettes et je cuisinais à l'A.J. ; sinon, les bus s'arrêtaient régulièrement et on trouvait toujours des restaurants bon marché dans les gares routières.
Pour l'argent, j'avais emporté une panoplie de moyens de paiement : des dollars américains, des traveller's chèques de l'American Express, des francs français et suisses qu'il fallait changer régulièrement contre des dollars américains puis canadiens (voir : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2018/08/voyager-il-y-a-50-ans-4.html). Au total, j'ai dépensé 5 500 francs français mais près de la moitié de la somme avait été réglée avant mon départ. Je cachais mes sous et je n'ai jamais eu de problème. Par contre, à la fin, il a fallu compter pour éviter de se trouver "à sec" et, donc, ne pas trop dépenser en souvenirs.
A suivre.
Le pays du multilinguisme
Il s'agit du pays où les transports en commun sont totalement gratuits sur l'ensemble du territoire (voir : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/07/le-pays-ou-les-transports-en-commun-sont-gratuits.html). Vous avez séché ? Je vous donne la réponse : il s'agit du Grand-Duché du Luxembourg.
Ce pays, membre de l'Union Européenne dès l'origine (à la naissance de la C.E.C.A. en 1951) est avant-dernier pour la superficie : 2 546,4 km² et pour la population : 690 000 habitants (au dernier rang, on trouve la République de Malte). Cet État est donc 2 fois moins étendu que la Sarthe mais plus peuplé que notre département ce qui lui donne une densité élevée (267 habitants/km²). En fait, l'essentiel de la population se situe dans le sud qui possède (ou possédait) un triple avantage : des terres souvent plus fertiles (le "Gutland" : "bon pays") ; un bassin ferrifère, point de départ de l'industrie sidérurgique aujourd'hui démantelée ; une capitale (Luxembourg) qui, non seulement, abrite toutes les fonctions administratives du pays mais est, également, une "capitale européenne" (sur le plateau du Kirchberg), un grand centre financier international et attire les touristes par un site spectaculaire.
Les Luxembourgeois représentent à peine plus de 50% de la population totale (et, parmi eux, il y a des descendants d'étrangers). Les étrangers les plus nombreux sont les Portugais (près de 90 000 soit près de 15 % de la population résidente), les Français (environ 50 000), les Italiens (environ 25 000), les Belges, les Italiens. Il s'agit, sans aucun doute, du pays de l'U.E. qui accueille le plus fort pourcentage d'étrangers mais ceux-ci sont, dans leur grande majorité, originaires d'Europe.
Cependant, à cette population résidente, il faut ajouter une masse considérable de travailleurs frontaliers arrivant quotidiennement d'Allemagne (environ 50 000), de Belgique (idem) et, surtout, de France (126 500 en 2025) ce qui explique les déplacements considérables enregistrés, aux heures de pointe.
Ceci est une des explications mais pas la principale du multilinguisme existant dans ce pays. Cette multiplicité des langues parlées et écrites se manifeste de façon originale ; en effet, il n'existe pas de minorités linguistiques régionales mais chaque habitant parle généralement plusieurs langues qu'il utilise au gré des circonstances.
La langue nationale et le luxembourgeois (Lëtzebuergesch). Il s'agit d'une langue germanique parlé, également, dans certaines régions de Belgique, de France et d'Allemagne.
On voit que le francique luxembourgeois est également parlé dans les régions d'Arlon et Saint Vith, en Belgique, dans le pays de Thionville en France et dans une partie de l'Allemagne située surtout au nord-est du Luxembourg.
Le luxembourgeois est une des variantes du francique ; une autre est le francique mosellan parlé dans le nord est de la Moselle (par exemple dans les arrondissements de Forbach, Sarreguemines, Sarrebourg) où il est nommé platt qu'il ne faut pas confondre avec l'alsacien. Le luxembourgeois a subi une importante influence du français comme le montre cette inscription à la sortie d'un magasin : "äddi a merci" qui signifie "au revoir et merci" mais il vaut mieux avoir une bonne connaissance de l'allemand pour le comprendre (du moins à l'écrit). Le luxembourgeois est parlé quotidiennement à la fois par ceux dont les ancêtres sont luxembourgeois mais, également, par les étrangers venant de territoires parlant le "platt" ainsi que par des étrangers ou personnes d'origine étrangère qui se sont assimilés. Quand nous étions au Luxembourg, nous avons souvent croisé des groupes scolaires : les enseignants parlaient luxembourgeois entre eux et avec leurs élèves dont l'origine était pourtant diversifiée.
Le français est la langue des écrits officiels ("le français fait loi") mais, également des panneaux routiers (le nom des lieux est souvent traduit en luxembourgeois) et est encore largement dominant dans les devantures. Cependant, quand le français est traduit d'une autre langue (par exemple sur les informations touristiques), on trouve trop souvent des fautes de syntaxe ou d'orthographe ; de même, dans les offices de tourisme, on avait parfois l'impression que nos interlocuteurs maîtrisaient mal notre langue. Il est vrai que l'on a peu vu de touristes français au Luxembourg.
L'allemand est très présent dans les régions frontalières de l'est du pays ; il arrive que certains panneaux d'information touristique de ces régions soient rédigés uniquement en allemand. La presse est majoritairement germanophone.
L'anglais est utilisé essentiellement dans les informations touristiques et dans les institutions de l'U.E. Le portugais est entendu dans la rue de certaines villes possédant une forte minorité lusophone et lu dans certaines églises catholiques. Le néerlandais se retrouve, parfois, dans des panneaux d'information touristique ce qui s'explique par le fait que les touristes néerlandais et flamands sont très nombreux dans le pays.
Moien !
J'en profite pour légender les photos des 3 lieux illustrant l'article précédent consacré à ce pays : la ville de Luxembourg/Lëtzebuerg, Vianden/Veianen, Esch sur Sûre/Esch-Sauer.
Subventions (compléments)
Suite de mes 2 articles généraux : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/07/subventions.html et https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/07/subventions-suite.html
J'ai étudié dans le détail l'évolution des subventions aux associations, clubs, syndicats et divers organismes. J'ai laissé de côté l'aide à l'enseignement privé. Quel est le constat ?
Dans la majorité des cas, la subvention demeure identique à celle accordée en 2025. L'an passé, il est fort probable que les subventions n'avaient pas été revalorisées par rapport à 2024 (il faut que je vérifie). Comme je l'ai écrit, par ailleurs, la tendance est, sur une période de 20 ans, au mieux le gel (donc une baisse si on tient compte de l'inflation) au pire, certaines années, une baisse (en général 5%). Bref, laisser entendre que les subventions nous ruinent est mensonger.
J'ai donc regardé les hausses et les baisses. Ces dernières sont plus fréquentes que les hausses et, surtout, on atteint, dans certains cas, des sommes considérables. Le maire pourra toujours rétorquer qu'il y a une raison précise à chaque hausse et à chaque baisse, il n'empêche : le volume global des subvention a nettement baissé.
Le triste record (mais il paraît que la municipalité Leudière avait prévu la même purge) concerne l'Entracte : - 125 000 euros. Ensuite, le Comité Communal d'Action Sociale (CCAS) qui perd 67 500 euros. J'avoue ne pas comprendre du tout. Sur la dernière marche du "podium" : le C.F.S.R. qui perd 20 000 euros.
Dans le domaine culturel, la tendance est, en général, à la baisse. Baisses minimes des 20 euros (Comité de jumelage ou Batterie fanfare des pompiers) ou baisses nettement plus conséquentes (- 750 pour le Musée de l'Homme Volant créé par un ancien adjoint à la culture et - 760 pour l'Orchestre d'Harmonie) ; entre les deux, on constate une baisse de 500 euros pour Sablé Danse Mania, de 400 pour la Band'Amis ou - 200 pour l'Atelier du Temps Libre, les Amis des Orgues et la Casa Feliz. Exceptions particulièrement nettes : + 1 000 euros pour Maine Sciences (mais le Conseil Régional avait raboté sa subvention) et + 4 000 pour l'Atelier Malicot (il s'agit d'une subvention spécifique sans doute liée à un évènement)
Pour le "social" outre le C.C.A.S., on constate plusieurs baisses un peu surprenantes comme les - 500 alloués au Secours Catholique, à Vie Libre et au Foyer du Temps de Vivre. Par contre, 4 associations qui n'avaient aucune subvention en 2025 (soit parce qu'elles étaient nouvelles, soit parce qu'elles étaient en sommeil) obtiennent une aide significative : le C.I.C.S. (association très liée à la majorité municipale) récupère 2 750 euros et un local ; Cultivons le Mieux Manger a 2 000 euros, le C.I.D.F.F. 700 et l'Escale en Pays sabolien 250 euros.
En ce qui concerne le sport, on s'y perd un peu car si certains clubs perdent des subventions, il arrive qu'ils en gagnent dans des subventions spécifiques (formation des jeunes, manifestation sportive, aide à l'emploi) mais on a quand même l'impression qu'une dizaine de clubs y perdent. Est-ce parce que le nombre de licenciés a baissé, est-ce à cause des mauvais résultats ???
Enfin, on remarque une baisse minime mais quasi systématique pour des associations patriotiques ou de jeunesse.
Je tiens à disposition de qui le souhaite le détail des subventions. Le jour où j'aurai le temps (et les quelques documents qui me manquent) je réaliserai un tableau sur 25 ans.
Démissions
Il est très rare que la composition du Conseil Municipal soit exactement la même pendant 6 ans. Cependant, depuis 1983, comme les listes sont élues à la proportionnelle pondérée, s'il y a plusieurs listes, il y a toujours des candidats non élus qui sont souvent contents de devenir conseiller municipal pour une durée plus ou moins longue (ainsi, un candidat placé à la fin de la liste Joulaud devint très brièvement élu à la fin de deux mandats).
Je laisse de côté le cas - pas si exceptionnel que ça - de ces élus qui n'ont pas démissionné tout en ne siégeant pas pendant des années ; voire quasiment pendant toute la durée du mandat !)
Les modifications de la composition du conseil municipal peuvent être liées à deux raisons : le décès ou la démission. Concernant le premier cas, je n'ai souvenir que de 5 cas depuis 1983. Il y a eu plus de démissions. Pourquoi est-ce que des élus démissionnent ?
La raison la plus fréquente est le changement de situation personnelle : mutation de l'élu ou du conjoint, déménagement, etc.
Les autres démissions sont politiques. On a vite oublié ce nouvel élu qui a été amené à démissionner au bout de quelques semaines car il était gêné par une faillite. Un autre élu est parti sur la pointe des pieds ne trouvant pas dans son mandat ce qu'il y cherchait. Depuis 2019, on a assisté, par contre, à des départs tonitruants.
L'exemple le plus spectaculaire fut le départ de Nicolas Leudière. Membre de la majorité municipale, derrière le maire Marc Joulaud, depuis 2014, il a claqué la porte au bout de 5 ans, après avoir tout voté (https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2019/06/les-nouvelles-parlent-des-municipales-a-sable.html). Il dénonçait le fait qu'il n'était pas au courant des dossiers ; ce qui était étrange car les élus de l'opposition semblaient mieux informés (mais ils étaient très vigilants et consacraient beaucoup de temps à étudier les dossiers). Le démissionnaire ne se contenta pas de partir : il décida de constituer une liste ("sans étiquette" comme toutes les listes de droite) et réussit parfaitement son pari car il emporta la mairie en 2020 : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2020/06/macron-1-fillon-0.html et https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2025/05/les-election-municipales-a-sable-en-2020.html
Le nouveau maire avait gagné en surfant sur le rejet du maire sortant englué dans "l'affaire Fillon" mais son équipe n'avait quasiment aucune expérience et un programme fort réduit (en grande partie plagié sur les concurrents). Surtout, très vite, sa gestion autoritaire a créé un malaise au sein de ses troupes. Résultat : 2 élues démissionnent au bout de 2 ans, dénonçant le désintérêt du maire pour le "social" : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2022/05/demissions-au-conseil-municipal-de-sable.html
En mars 2026, c'est le rejet du caractère abrupt de Nicolas Leudière combiné avec la contestation de la passerelle qui expliquent la victoire de Benoît Nicolardot, candidat très marqué à droite. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est apparu très vite que le maire et son équipe souffraient de défauts identiques à ceux de l'équipe précédente : faiblesse du programme, manque d'expérience, gestion autoritaire par un groupe dirigeant de 3 personnes (le maire et ses deux premiers adjoints). Sans oublier une gestion obsédée par la baisse des dépenses et la dénonciation systématique (jusqu'à l'absurde) de l'équipe précédente (voir un exemple : https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/05/avis-de-tempete-sur-les-fiances-saboliennes.html)
D'où un coup de théâtre en forme de record : la démission de l'adjoint à la culture au bout de 100 jours ! Est-ce que le maire va changer de méthode ? Ce serait une bonne chose pour Sablé. Notre commune a besoin de stabilité et d'écoute et non d'amateurisme, d'autoritarisme et d'humiliation des adversaires politiques.
Le pays où les transports en commun sont gratuits.
Oui, il existe un pays où vous pouvez emprunter les trains, les bus urbains et interurbains, le tramway de la capitale et un funiculaire sans débourser un centime (d'euro). Quel que soit votre âge ou votre nationalité. Il n'y a qu'une seule restriction : vous payez si vous voulez voyager en première classe. Curieusement, sur place, on ne vous indique pas cette gratuité généralisée.
Celle-ci n'est pas synonyme de médiocrité. Certes, il y eu fermeture de lignes ferroviaires mais le réseau ferré est encore assez dense. D'autant que le pays et la capitale sont drainés par un réseau extrêmement dense de bus (342 lignes). Ceux-ci ainsi que le matériel ferroviaire sont très modernes. Cerise sur le gâteau : une fréquence spectaculaire : entre la capitale et une ville de 10 000 habitants, située en plein centre du pays et carrefour ferroviaire, l'offre est de 4 trains par heure. Si vous randonnez, vous trouverez facilement un arrêt de bus au point de départ, en pleine forêt avec un passage toutes les heures ; idem pour le moindre village (dans un village de quelques centaines d'habitants : 1 bus par heure vers la ville proche de 4h30 à 23h30). Par contre, les parkings-relais sont souvent insuffisants dans les grandes gares.
Ce pays attire des dizaines de milliers de frontaliers venant principalement du pays situé juste au sud. Dans la gare centrale de la capitale, la fréquence est de 1 train toutes les 10 minutes vers le pays voisin ; bien évidemment, les usagers paient pour la partie du trajet effectué dans leu pays.
Curieusement, il ne semble pas que cette situation ait réduit le trafic automobile bien que - la plupart du temps - le stationnement soit payant dans toute les villes ou gros bourgs.
Enfin, il est fréquent de trouver des pistes cyclables le long de certains axes touristiques.
Vous séchez. Quel est ce pays ? Réponse dans un prochain article où j'évoquerai la langue nationale de ce pays, parlée avec des nuances, dans 3 autres pays limitrophes mais qui n'est pas langue officielle du Parlement Européen.
En prime : 3 photos :
Subventions (suite)
Donc, le 29 juin, le nouveau maire est passé à l'attaque et il n'y est pas allé avec le dos de la cuiller. Proclamant, à tort, avec son adjointe aux finances, que la commune était au bord du gouffre financier, il a décidé de se transformer en "cost-killer" au sujet des subventions (https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/07/subventions.html). Si vraiment la commune vit au-dessus de ses moyens, il aurait pu réduire les indemnités des élus (1 maire, 8 adjoints, 5 conseillers délégués : un record) ou éviter d' augmenter les dépenses de "sécurité" mais, non : il a sabré dans les subventions.
Soyons honnêtes : la plupart des associations voient la reconduction pure et simple de la subvention 2025 mais c'est l'arbre qui cache la forêt car il a été brutal dans plusieurs domaines.
Le plus spectaculaire concerne la Culture : - 131 000 euros ; la principale victime étant l'Entracte qui perd 125 000 euros par rapport à 2025. On aurait pu croire que la nouvelle municipalité pratiquait cette coupe spectaculaire en fonction d'une nouvelle politique culturelle et après une large concertation. Que nenni ! Le président de l'Entracte explique dans la presse qu'après avoir entendu l'attaque au bazooka lancée par Mme Laouar contre cette association (https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/05/avis-de-tempete-sur-les-finances-saboliennes-2.html) , il a demandé une rencontre avec le maire qu'il a obtenu au bout de 6 semaines et que M. Nicolardot n'avait rien de précis à lui dire. Cela suffit à qualifier la méthode : "aucun échange, aucun dialogue... on est face à un mur" selon Erwan Bodilis. Notons que, parallèlement et inversement, l'adjoint a la culture a rencontré l'association et s'est intéressé à son activité ; il semble ne pas avoir eu droit au chapitre. La majorité a, encore une fois, prétendu que l'Entracte mangeait 1/3 du total des subventions ce qui me semble être du roman et le chiffre de 1,3 millions d'euros asséné par Mme Laouar, le 27 avril, est FAUX selon le président de l'association ce que j'avais déjà signalé. Après cette baisse de 125 000 euros qui s'ajoutent à la suppression de 80 000 euros de subvention régionale depuis 2025, il est évident que l'Entracte va devoir faire des choix cornéliens. On l'a vu à La Flèche où Le Carroi, privé de 50 000 euros par la nouvelle Municipalité R.N. a dû annuler des spectacles ; il y a fort à craindre que la cinquième édition de Pop au Parc qui a été un succès, et a intéressé beaucoup de jeunes, soit la dernière (https://gerard-fretelliere.over-blog.com/2026/06/faire-la-fete-a-sable.html). Si on supprime cette manifestation très populaire et que l'on maintient le Festival baroque qui l'est nettement moins, on voit le problème.
Par ailleurs, la presse a signalé que le directeur des affaires culturelles qui est, également, directeur de l'Entracte, a décidé de ne pas solliciter le renouvellement de son contrat qui arrivait à échéance hier 30 juin ; de toute évidence, cela a été interprété comme un désaccord. Plus grave encore pour le maire : il se dit que l'adjoint à la culture serait sur le point de démissionner ; au bout de 3 mois, qui dit mieux ! Pour être complet, il faut signaler que, dans son entretien avec la presse, le président d'Entracte révèle que Nicolas Leudière avait prévu - s'il avait été réélu - de réduire la subvention à Entracte dans le mêmes proportions et que, en 2022, la municipalité Leudière avait baissé la subvention de 76 000 euros (avant de la remonter, un peu, ensuite) sans que cela émeuve l'opposition de droite dont certains élus sont désormais dans la majorité municipale. Et pour être complet, il y a quelque chose de curieux dans la critique, par la nouvelle majorité, du statut hybride d'Entracte ; en effet, ce qu'ils dénoncent a été mis en place par les municipalités de droite antérieures à Leudière et certains élus de Nicolardot en faisaient partie. C'est également vrai pour le C.F.S.R. dont la subvention a été rabotée et qui est condamné.
On n'a pas parlé de Micro - Folies mais la directrice est partie récemment.
On pourrait regarder à la loupe le détail des baisses et de (très rares) hausses (exemple une association inféodée à la municipalité dont j'ai parlé dans l'article précédent) mais il y a des choix tout aussi étonnants ou instructifs sur les orientations de la municipalité. Par exemple, des réductions pour certains sports comme le cyclisme ; à ce sujet, l'adjoint aux sports a laissé entendre qu'il n'était pas maître des choix effectués et le président du club, présent le 29 juin, s'est fâché tout rouge selon la presse (et je le comprends). Autre coupe : - 67 500 pour le C.C.A.S. sans que l'on ne devine la justification et une baisse minime pour d'autres associations sociales. Et une nouvelle attaque contre le C.F.S.R. avant d'avoir un débat de fond sur l'avenir de cette structure.
Terminons par une délibération concernant l'expression des élus. Le temps de parole de chaque élu sera limité. On peut comprendre la volonté de ne pas allonger les débats et il y a le souvenir d'un ancien élu d'opposition qui intervenait sur tous les sujets mais fallait-il en passer par une délibération qui risque d'être entachée d'illégalité.
/image%2F1542276%2F20260715%2Fob_8798a9_luxemburgs.png)
/image%2F1542276%2F20260716%2Fob_a17f2e_20260706-114820.jpg)
/image%2F1542276%2F20260716%2Fob_f5ca5a_20260706-104213.jpg)
/image%2F1542276%2F20260716%2Fob_0959b7_20260708-104730.jpg)
/image%2F1542276%2F20260716%2Fob_77ce2f_20260709-113624.jpg)